Avec Angélica Liddell
Texte, mise en scène, scénographie et costumes Angélica Liddell
Assistant mise en scène Borja López
Régisseurs Nicolas Guy et Michel Chevallier
Son Antonio Navarro
Directeur technique Tirso Izuzquiza
Production et communication Saité Ye, Génica Montalbano

Directeur de production Gumersindo Puche

Coproduction Atra Bilis ; CDN Orléans / Centre - Val de Loire ; Temporada Alta ; Festival de Tardor di Catalunya - Girona/Salt


TEREBRANTE

Vendredi 29 octobre 20h30

Samedi 30 octobre 18h

CRÉATION MONDIALE 1h00 - salle Jean-Louis Barrault

Le flamenco, je ne sais pas l’expliquer. J’ai beaucoup souffert. Si tu n’as pas souffert, quel flamenco tu veux chanter ? Pour être flamenco, il faut avoir une raison. C’est quoi, la raison ? D’abord, il faut que tu sois avec une femme que tu aimes. Et que tu la quittes ou qu’elle te quitte. Elle est là, la souffrance, la plainte. Si vous n’avez pas de raison, pour qui vous allez chanter ?

Manuel de los Santos, Agujetas

Il me restait à connaître le sens du mot terebrante. On le dit de la douleur. Une douleur térébrante. Est térébrant ce qui provoque un effet analogue à celui que produirait la perforation d’une partie du corps déjà endolorie, ce que l’on éprouve, par exemple, après un coup infligé à un cœur réduit en miettes, comme un vilebrequin perforant au centre d’un coup de poignard, un coup de poignard sur un coup de poignard, un concentré d’acharnement et de trahison. Est térébrante une douleur capable de broyer le cœur du monde. Térébrant : ce qui ne tue pas, ce qui rend fou.

Fécondée par l’essence de Manuel Agujetas, je l’invoque, je l’attire jusqu’aux lèvres de ma blessure. La siguiriya est un chant pour une veillée funèbre, un chant d’amour et de mort, de couleur noire, primitif, le chant des ayes. Solennel comme il sied aux douleurs, sans ornement ni compagnie, solitaire. « Lys brûlant, obsession d’une même note antérieure au langage », selon Val de Omar. C’est un chant tragique, ancien comme le cri du bouc. La beauté du ay existe avant la définition de la beauté, c’est une beauté pré-artistique, elle ne vient pas du spectacle mais du rite. Le ay est une loi orale, incompréhensible. Tout ce qui peut se comprendre ou s’expliquer ne vaut rien. Je ne suis prête à renoncer ni au mal, ni au mystère, ni à l’enfer.

Angélica Liddell

Création / résidence / Coproduction du CDNO


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